Pourquoi pirater est vain

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Bon, on ne va pas se mentir. Si vous jouiez sur PC ou PSone au début des années 2000, vous avez probablement craqué à un moment ou à un autre en cédant aux tentations du piratage. En tout cas moi je passe aux aveux : il y a eu une période où je piratais plus vite que mon ombre. Mais depuis je me suis repentis et ça fait une bonne grosse dizaine d’années que je n’ai plus jamais pratiqué ça. Pourtant je joue activement sur PC, maison mère reconnue du piratage, alors qu’est-ce qui a changé ?

Aaah, vous vous souvenez certainement des bons vieux CD vierges achetés en pack de 50 ou du fameux graveur CD qui coûtait un bras et qui nécessitait une heure pour faire une simple copie. C’était facile à l’époque : une petite puce pas chère dans sa Playstation, un pote qui ramenait sa collection de jeu, une après-midi à copier le tas, et voilà ; des dizaines de nouveaux jeux ! De quoi palier à l’énorme frustration de ne pas avoir assez d’argent pour acheter tous les bons jeux qui sortaient. Tout à coup je n’avais plus à chérir chacun de mes jeux et à les retourner dans tous les sens, je pouvais les enchaîner sans jamais craindre de n’avoir plus rien à jouer. C’était magique !

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Avec la démocratisation d’internet et les hauts débits, les choses se sont encore accélérées. Désormais il ne fallait plus s’embêter à emprunter ou louer des jeux, il suffisait de laisser tourner son PC avec un bon vieux P2P comme eMule ou Kazaa et d’être patient car ça pouvait prendre des jours, mais au final on se retrouvait avec un bête fichier iso qui était on ne peut plus simple à graver. C’est ainsi que j’en suis venu à ne plus payer le moindre jeu PC et d’empiler les boîtes vierges avec de petites étiquettes bien cheap en guise de collection. C’était facile, c’était efficace. Et je n’avais pas de problème moral en faisant ça car c’étaient tous des jeux que je n’aurais jamais eu les moyens de m’acheter de toutes façons. Mais petit à petit quelque chose a commencé à changer dans ma façon de consommer les jeux…

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Alors que je me gavais de jeux, j’ai commencé à réaliser que je n’en profitais plus vraiment, mais que je les bâclais sans rien en retenir. Avant tout ça, je chérissais chaque nouveau jeu et je l’explorais à 100%, en le recommençant plusieurs fois pour le plaisir, mais surtout parce que je savais que le prochain nouveau jeu ne serait pas pour avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. J’en gardais ainsi des souvenirs très forts. Mais avec l’avalanche de jeux à jouer, je ne pouvais plus en profiter de la même façon. Je passais ainsi de l’un à l’autre sans grande conviction, sans désir de vouloir particulièrement y jouer. Parfois j’en essayais un 5 minutes puis je le balançais dans un coin ; je n’avais même plus envie de faire l’effort de creuser un peu alors que si ça se trouve ça pouvait être un super jeu. J’en étais venu à une consommation boulimique du jeu vidéo.

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C’est là que j’ai pris conscience qu’il y avait un problème, et c’est grâce à la PS2, difficilement piratable au début avec ses DVD et ses puces pas au point, que j’ai repris goût au plaisir d’aller acheter un jeu que j’attendais énormément, d’avoir une belle boîte pour ma collection, et surtout de savourer cette galette pour laquelle j’avais payé plein pot. Car oui, le fait de payer donne inconsciemment une valeur personnelle au jeu : on a payé (cher) donc on est plus enclin à en profiter et à s’y investir. C’est bêtement psychologique et force est de constater que dans mon cas ça a été le premier choc qui m’a fait arrêter le piratage.

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Pendant ce temps, je jouais surtout sur PC aux jeux online vu l’expansion d’internet et des connexions de plus en plus efficaces. Et là je n’avais pas le choix : pour pouvoir communiquer avec les serveurs officiels il fallait obligatoirement avoir une clé-CD légale, les crackées ne suffisaient plus. Il y avait parfois moyen de gruger en déviant le jeu vers des serveurs privés ou des plateformes indépendantes (souvenez-vous de Goa.com) mais dans la majorité des cas la règle était devenue simple : si tu veux jouer avec des potes en ligne, il va falloir payer. Une vérité qui n’a cessé d’être vraie et même encore aujourd’hui où les développeurs cherchent bien souvent à intégrer du online aux modes solos en partie pour enrayer les versions pirates de leurs jeux. Cette logique a d’ailleurs mené aux DRM, ces protections qui obligent des connexions internet qui vérifient constamment l’authenticité du jeu.

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D’ailleurs ces fameux DRM ont pas mal compliqué la tâche des pirates. Il a fallu inventer des cracks et des moyens de contourner les vérifications, quitte à supprimer une partie du jeu si nécessaire. C’est ainsi qu’au fil des années les manipulations pour installer un jeu piraté fonctionnel sont devenues assez complexes… pour ne pas dire peu efficaces. Ça a commencé par les patchs qui n’étaient jamais compatibles avec les versions crackées, patchs parfois indispensables comme tout bon joueur PC le sait. Mais très vite c’est devenu plus problématique encore : absence de langue française à l’avantage des versions russes, contenus manquants, plantages au lancement ou en pleine partie, ect… Non seulement il fallait s’embêter à passer par des tas de manipulations, mais en plus c’était pour se retrouver face à une version cheap. A titre personnel le jeu ultime qui m’a fait cesser définitivement cette pratique aura été Crysis 2 (juste pour tester mon nouveau PC à l’époque, ça faisait déjà longtemps que je ne piratais plus) : jeu nikel pendant 10 minutes, puis il devenait injouable à cause de l’écran qui réagissait comme si j’étais au bord de la mort. Oui, les développeurs ont débordé d’imagination pour dégoûter les joueurs, et ça a fonctionné : j’ai fini par l’acheter (pour être déçu de sa médiocrité au final, mais c’est une autre histoire).

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Mais ce qui aura vraiment été révolutionnaire et c’est ce qui a en grande partie sauvé les jeux sur PC : l’avènement de Steam. Cette plateforme est loin d’être irréprochable mais non seulement elle a énormément facilité l’achat, l’installation des jeux et l’ajout de patch automatiquement, mais surtout elle a démocratisé le massacre de prix. Auparavant, les clé-CD empêchaient de se procurer un jeu PC sur le marché de l’occasion (car souvent déjà utilisées) mais tout à coup il devenait possible de se procurer un jeu sorti depuis quelques mois à très bas prix, tellement bas que ça ne valait plus du tout la peine de pirater. Vous l’avez deviné, je vous parle ici de la fameuse « puissance de la flemme », cette force immuable qui fait qu’on préfère claquer 4-5 euros plutôt que s’ennuyer à faire fonctionner convenablement un jeu piraté.

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Ces dernières années, le phénomène des prix dérisoires s’est amplifié avec les soldes Steam en tête. Franchement, qui est assez pingre pour pirater un jeu indé vendu 2 euros ? Qui veut encore s’ennuyer à pirater le dernier Assassin’s Creed quand on le retrouve pour une bouche de pain l’année suivante à la sortie du prochain épisode ? Même les consoles s’y mettent avec le PS+ et le Gold qui offrent carrément des jeux, et on trouve même des soldes régulières et agressives sur le PSN. Acheter des packs de jeux n’aura jamais été si abordable pour peu qu’on ne soit pas pressé de jouer en « day one », et ça n’aura jamais été autant l’orgie de bons jeux. D’ailleurs paradoxalement on en revient à perdre la valeur d’un jeu en oubliant de vraiment l’apprécier. C’est sûr que quand on achète des poignées de jeux pour le prix d’un neuf on a tendance à les survoler voir même les laisser de côté indéfiniment.

 

Car oui, je suis heureux de pouvoir désormais m’offrir quasiment tous les bons jeux avec un minimum de budget et de façon tout à fait légale. Mais il faut faire face à un fléau bien pire encore que le piratage : le manque de temps, cette plaie incurable qui nous affecte tous tôt ou tard.

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Une réponse à “Pourquoi pirater est vain

  1. Tu devrais peut-être réessayer de pirater.
    Enfin loin de moi l’idée de te pousser vers une activité illégale, mais je trouve pour ma part que ça n’a jamais était aussi facile. Il suffit parfois d’être patient, les sécurités finissent tôt ou tard par sauter.
    Payer ses jeux ne veut pas forcement dire qu’on va s’entêter dessus. J’ai acheter Star Wars Knight of the Old Republic il y a quelques mois, j’y ai joué 2 heures… Et pourtant il est connu pour être très bon, à l’instar de Portal que j’ai piraté, que j’ai savouré, si bien que j’ai finis par l’acheter. Le piratage permet aussi de faire beaucoup de découvertes qui deviennent ensuite des achats fidèles et réguliers.
    Du cotés des consoles, on est loin des avantages de Steam. Les jeux offerts… Mouais… prêtés le temps de l’abonnement plutôt et au prix de celui-ci, c’est pas vraiment ce que j’appellerai un cadeau.

    Enfin bref, connu d’écrire, c’est vraiment sympa de te lire 😉

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