Les joueurs ont voté !

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On le voit clairement sur les forums : les gamers aiment se plaindre. Hey, je suis un gamer aussi et je reconnais que j’aime bien râler sur plein de choses qui ne sont pas à mon goût. On entend par ailleurs souvent dire que les jeux vidéo « ça devient n’importe quoi », que les éditeurs et les entreprises sont crapuleuses. On ne va pas se mentir : c’est le cas. Mais est-ce vraiment leur faute ?
Pour apporter une réponse à cette question, j’aimerais partager avec vous quelques exemples de situations vécues ces dernières années.

 

DLC, des initiales bien adaptées

Pratique réellement débutée le 3 avril 2006 comme j’en parlais dans un article antérieur, les DLC débarquaient déjà avec tout ce qu’il y a de plus détestable : du contenu chiche, voire totalement superficiel, et des prix excessifs. Rien ne pouvait justifier de payer du contenu comme de simples skins qui ont un coût de production quasi nul. Les forumeurs se faisaient alors une joie de pouvoir se moquer de cette arnaque et des pigeons qui achèteraient. Et franchement, on est malins : on ne se laisserait pas gruger comme ça !

Les gamers ont voté.

Il n’aura suffi que de quelques mois pour que la pratique des DLC s’abatte sur tous les nouveaux jeux.  En voyant le succès de ceux-ci les développeurs voyaient là une opportunité en or d’engranger de l’argent en extra sans efforts. 8 ans plus tard, seuls quelques irréductibles joueurs refusent encore d’acheter ces contenus, la grosse majorité en ayant fait une insouciante habitude.

 

 

Vers la fin du hardcore gamer nomade

Pour sa dernière portable, Sony a décidé de mettre le paquet : un concentré technologique pour afficher des jeux aux graphismes proches d’une PS3, une interface tactile, et surtout un catalogue de jeux presque entièrement axé pour les gamers à une époque où le snack gaming et le casual gaming sont les grosses tendances des éditeurs. Le tout pour un prix honnête pour ce qu’était la console en 2012, surtout comparé à la concurrence : 250 euro. Le rêve de tout gamer nomade hein ?

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La PS Vita ne se vend pas bien en dehors du Japon. Malgré de gros efforts pour satisfaire les gamers, ceux-ci n’ont pas voulu passer à la caisse et ont majoritairement délaissé la console, forçant Sony à progressivement cesser ses productions sur ce support. Les joueurs ont ainsi envoyé un message clair à l’industrie : les petits jeux smartphone casuals prévalent sur les jeux gamers en bénéfices. Si vous le dites…

 

 

Le refus de la créativité

On a toujours tendance à se plaindre que l’industrie du jeu vidéo est trop peuplée de gros AAA qui tachent. Pourtant, quand on creuse un peu entre deux gros blockbusters on trouve quelques perles originales et bourrées de bonne volonté. Tearaway ou Puppeteer sont de bons exemples que même de gros éditeurs comme Sony peuvent fournir de temps en temps quelques créations qui font du bien au média. En tant que joueur, c’est alléchant n’est-ce pas ?

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Hélas, alors qu’un Assassin’s Creed ou un Call of Duty se vend chaque année par millions, les jeux originaux eux ont bien du mal à trouver leur public. Bien souvent les résultats financiers sont bien de deçà des prévisions et il n’est pas rare qu’un studio de développement doive mettre la clé sous la porte ou subir une restructuration pour pondre des projets plus « adaptés au marché ». Les joueurs se sont alors exprimés : fournir un gros jeu sans aucune prise de risque s’avèrera payant, le reste ne peut survivre à moins d’être un jeu indépendant bien hypé.

 

 

Acquérir gratuitement, le payer cher après

Ce type de jeux est relativement récent et ne partait pas gagnant à la base. En effet, son seul but est de fournir gratuitement la base d’un jeu addictif et, tel un bon vieux dealer, de n’accorder la suite qu’en forçant le joueur à sortir sa carte de crédit. La technique est d’être très gratifiant envers le joueur mais de rapidement le décourager pour qu’il craque. Mais honnêtement, on préfèrerait payer pour un jeu complet et éviter ces frustrations, pas vrai ?

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Les F2P ont connu un boom monstrueux, notamment sur smartphones. Ils jouent sur le côté radin qui sommeille en chacun de nous et sont devenus de plus en plus vicieux pour piéger le consommateur. Et puis on se laisse prendre au jeu, on se dit que mettre 5€ par-ci, par-là ce n’est pas bien grave. Mais si les F2P regorgent d’idées pour faire raquer le joueur, ils ne font pas progresser le gameplay et délivrent bien souvent une expérience de jeu médiocre comparé à un jeu indé trouvable pour un bouchée de pain. Mais ce n’est pas pour rien que quasiment tous les jeux portables passent par ce système, le succès est bien là mais il contribue à couler les vrais jeux. Visiblement, c’est ce que le joueur de 2014 veut. Heureusement, il existe de vrais bons F2P honnêtes comme Hearthstone ou les MOBA à la mode donc tout n’est pas perdu.

 

 

Jouer avec les sentiments des fans

Le changement de génération de consoles est toujours quelque chose de très excitant pour les joueurs. Mais depuis l’ère PS3/360, et encore plus violement pour la PS4/one, les éditeurs se font un malin plaisir en ressortant les jeux de la génération précédente en les adaptant à la résolution d’écran du moment, et ce généralement avec un minimum de travail pour rentabiliser un maximum. Tout ça grâce à l’abandon (volontaire ?) de la rétrocompatibilité sur les nouvelles console. Outre l’opportunité pour les retardataires de pouvoir se refaire un vieux bon jeu dans de bonnes conditions, c’est  aussi un bon moyen de forcer le fan à racheter son jeu favori au plein tarif alors qu’il aurait pu simplement mettre son vieux jeu dans sa nouvelle machine et bénéficier d’un lissage automatique.

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On ne parle pas de succès fulgurant mais les chiffres de vente de ces « remasterisation » sont à chaque fois bien plus que suffisant, signe qu’il y a une vraie demande de la part de pas mal de joueurs, prêts à repasser à la caisse au lieu de les boycotter et forcer ainsi les constructeurs à réintégrer d’émulation de vieille consoles sur les nouvelles…

 

 

Vous vendre les lacets de vos chaussures, à part et en avance

Après les DLC et les remasterisations fainéantes, les éditeurs continuent de réfléchir au meilleur moyen d’extirper un maximum d’argent aux joueurs. Konami a ainsi récemment fait très fort en réintroduisant le concept de prologue payant, ou plutôt démo facturée avec MGS Ground Zeroes. On pourra argumenter en disant que c’est pour faire patienter les fans, que c’est presque un « cadeau » mais nous ne sommes pas dupes : les 25 euro qu’on paye pour ce prologue ne seront pas retirés des 70 euro du jeu final. Aller, à 25 boules l’impatience il fait cher d’être fan. A ce prix-là, ça n’allait sûrement pas passer…

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… et bien si : cette démo payante s’est vendue à près d’un million d’exemplaire, soit plus que la majorité des jeux. Les joueurs ont ainsi donné leur accord et ont validé cette nouvelle méthode de vol d’argent. On pourra discuter autant qu’on veut sur le débat de la durée de vie, il n’empêche que ce n’est ni plus ni moins que du contenu qui devait être dans le jeu final et qui a été facturé à 30% de ce dernier.

 

 

L’art de finir ses jeux

Aaaah, on entend régulièrement les anciens joueurs rabâcher à qui veut l’entendre que « c’était mieux avant », que « avant on était capable de faire des jeux difficile » et que maintenant on peut jouer à tous les yeux fermés. Et ils ont raison ! La difficulté de base des jeux d’aujourd’hui équivaut au mode ultra simple (ou avec des codes) des jeux d’autrefois. Heureusement il existe souvent des modes de jeu plus difficiles mais ils sont rarement mis en avant (vous connaissez tous ces fameux modes « ultra hard » débloqués qu’à la fin du jeu).

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Mais pourquoi un tel nivellement par le bas de la difficulté des jeux ? Les statistiques, tout simplement. Les sources sont diverses et peu vérifiables mais il est acquis qu’au moins deux tiers des joueurs ne finit pas ses jeux. Ce qui est une très mauvaise chose pour les développeurs qui comptent capitaliser sur une suite mais qui la vendront difficilement auprès de ceux abandonnés en cours de route. Donc proposer des jeux simples, bien guidés, et pas trop long est devenu le maître mot des studios de développement. Enfin j’exagère, tout n’est pas perdu quand on voit le succès d’un Dark Soul qui vient me contredire, mais dans ce cas on peut surtout parler de buzz car combien l’ont réellement terminé sans jeter l’éponge ?

 

 

Manger son blockbuster annuel

7 jeux Assassin’s Creed en 8 ans, sans compter les spin off et les doubles épisodes à venir en cette fin d’année.  11 Call of Duty en… 11 ans. Et bien sûr plus d’une quinzaine de FIFA en autant d’années. Sans vouloir critiquer la qualité de ces séries, on a là clairement une overdose.

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S’il y a autant de blockbusters annuels ce n’est pas pour rien : ça se vend ! On a noté une légère baisse pour toutes les licences en fin d’année 2013 mais les fêtes 2014 promettent de redorer le blason des ventes grâce aux Next-Gen bien installées. Les joueurs se plaignent de la répétitivité de ces jeux, mais ça ne les empêche pas d’acheter par palettes. Alors pourquoi les éditeurs se priveraient ?

 

 

Les articles « Putaclics »

On le voit partout sur internet : le contenu d’information gratuite subit une sérieuse chute qualitative. Les articles remplis de vents, d’information erronées voire manipulées pour faire plus sensationnel, les titres d’accroche mensongers, ect… tout ça pullule sur la toile depuis quelques temps. On aurait pu espérer que les sites généralistes de jeux vidéo échappent au phénomène.

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Hélas ce fléau s’applique aussi à nos sites d’information favoris. Mais est-ce vraiment la faute de ces rédactions, bridées par le « tout gratuit » et autres adblocks ? Pas vraiment, si ces articles sont aussi rentables c’est que ça intéresse du monde. Beaucoup de monde. TROP de monde. Les joueurs semblent vouloir privilégier les contenus légers aux articles de fonds, j’en veux pour preuve le site Gameblog qui prouve, en affichant au public les clics de chaque article, à quel point une news bidon génère dix fois plus de trafic que quelque chose de consistant.

 

 

Le Online payant

Les jeux multijoueurs en ligne sont nés sur PC. Il a toujours été question d’un service gratuit et ça l’est encore aujourd’hui. Mais après des débuts timides, le online sur consoles a intégré un nouvel élément pour arnaquer les utilisateurs : l’abonnement. Absurde n’est-ce pas ?

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Pas tant que ça finalement puisque l’abonnement pour jouer en ligne a été adopté avec une majorité écrasante d’utilisateurs. Démarré avec la Xbox, Sony n’a pas tardé à emboiter le pas avec sa PS4, et il ne serait pas étonnant de voir Nintendo s’engager dans la même politique. Seuls des irréductibles gamers continuent de refuser cette arnaque en ne jouant en ligne que sur PC, quitte à manquant quelques bons jeux comme Destiny. A part ça il paraît que jouer sur PC est cher…

 

 

Les accès anticipés

Véritable mode sur PC : la vente de jeux en version Alpha ou Beta afin de financer la reste du développement. Ces accès « anticipés » aux jeux permettent ainsi à la communauté de déjà assouvir sa soif de jeu tout en apportant le plus souvent des remarques. Mais le côté pervers de la chose est qu’on se retrouve avec une tonne de jeux inachevés en vente sans aucune certitude de la vraie date de sortie du produit fini ni même s’il tiendra ses promesses. Un pari un peu risqué non ?

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Ca fait maintenant près d’un an que Steam est envahis de jeux en accès anticipés, et les constructeurs de consoles pensent de plus en plus à instaurer le même système tandis que les éditeurs sont déjà prêts à l’appliquer comme Electronics Arts qui verrait bien l’accès anticipé pour la série Battlefield (remarquez c’est ce qui s’est passé pour le 4 mais officieusement). En validant ce procédé, les joueurs se retrouvent désormais avec des sortes de prototypes dont ils ne verront peut-être jamais la fin puisqu’ils l’auront déjà torché jusqu’à plus soif, et que les développeurs prennent un temps monstrueux pour avancer dans le développement. Véritable symbole de ce constat, le développement de DayZ Standalone avance au pas depuis des mois et les développeurs sont incapables de dire quand il sera achevé, tandis qu’ils roulent sur les millions accumulés depuis 2013. Pendant ce temps, les joueurs sont déjà passés à autre chose, lassés…

 

 

Bref je pense qu’il n’y a pas besoin d’en rajouter. Oui, on peut râler sur toutes ces choses honteuses. Mais au bout du compte, NOUS en sommes responsables. Nos achats sont un acte de vote qui valident ou non telle ou telle prise de position de ceux qui nous fournissent en jeux. Moralité, je suis persuadé que tout joueur qui se plaint sur les forums a au moins « voté » pour une des situations décrites dans ces articles. Peut-être serait-il ainsi plus sage d’arrêter de donner son argent n’importe comment au lieu de dire « c’était mieux avant ».

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