The Wolf Among Us, voyage au pays des ordures

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Revoilà un nouveau jeu du studio Telltale, les experts des adaptations improbables de différents médias en jeux vidéo. Après The Walking Dead, nous sommes cette fois repartis dans le monde des Comics avec « Fables », une histoire qui ne me donnait pas vraiment envie à la base mais comme d’habitude la recette narrative magique m’a largement fait changer d’avis au point d’en faire un de mes coups de cœur récents.

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Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois signaler que le jeu est très abordable même pour ceux qui n’ont jamais lu le Comic original. C’était mon cas et j’avais peur de ne pas comprendre les subtilités de l’histoire mais il s’avère que non seulement tout est très bien expliqué et il y a quelques dizaines de petites fiches explicatives très succinctes qui donnent plus de détails sur les personnages et situations. Vous pouvez donc vous lancer dans l’aventure sans crainte et, qui sait, ça vous donnera peut-être même envie de prolonger l’histoire avec les Comics mais sachez que le jeu se suffit à lui-même dans tous les cas. Quoiqu’il en soit je vais être incapable de faire la comparaison vu que ces œuvres me sont pour le moment inconnues donc cet article va juger le jeu pour ce qu’il est non pour ce qu’il apporte éventuellement au background de la franchise.

thewolfamongus(10)Pour ceux qui découvrent, il est très déroutant de voir tous ces contes se mêler entre eux mais au final ce mélange est très pertinent et bien foutu, avec plein de clins dœil aux univers qu’on n’explore pas dans cette saison.

thewolfamongus(8)A chaque nouvelle rencontre, on débloque une petite fiche explicative dans le menu. Idéal pour combler les manquements si on ne connaît pas du tout le Comic.

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Il était une fois le Bronx

Prenez tous les contes de fée et histoires fantastiques et imaginez que ces récits sont réels. Un jour, les personnages de ces aventures se sont échappés de leur monde pour atterrir dans le nôtre. Ils se sont alors réfugiés dans les bas quartiers de New York et se sont constitués un petit nid, « Fabletown », où ils gèrent leurs affaires entre eux. La majorité d’entre eux étant des animaux et monstres qui parlent, ils utilisent un sort de sorcières appelé le Glamour et qui leur permet de prendre apparence humaine… en échange d’argent. Ceux qui ne peuvent ainsi pas payer ce service sont condamnés à être expulsés à la Ferme, une sorte de prison aux conditions de vie pénibles mais créée pour ne pas que les Hommes se rende compte de quoi que ce soit. C’est dans ce contexte qu’on incarne « Bigby », alias Le Grand Méchant Loup directement tiré des histoires que nous connaissons tous, qui tient le rôle de shérif de Fabletown pour y faire régner l’ordre. Tout un programme alors que les choses vont rapidement mal tourner lorsque pour la première fois depuis des siècles (les Fables vivant extrêmement longtemps et étant très résistants aux blessures) un membre de la communauté va être assassiné. Et nous voilà ainsi partis pour une enquête aux conclusions surprenantes.

thewolfamongus(4)Le personnage de Faith sera au centre du mystère.

thewolfamongus(6)Attendez-vous à tomber sur pas mal de Fables sans Glamour. Et là c’est clairement le plus inoffensif…

thewolfamongus(18)… Et on en trouve d’autres beaucoup plus monstrueux.

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Une impression de déjà vu

Si je ne connaissais absolument pas Fables, en revanche je commence à bien connaître les productions Telltale et autant le dire tout de suite : ils n’innovent en absolument rien. Si vous avez joué à leur adaptation de The Walking Dead alors vous retrouverez absolument toutes les ficelles habituelles : dialogues à choix multiples limités dans le temps, de l’exploration très limitée, du QTE pour les phases d’action, et quelques choix qui déterminent la tournure des événements scénaristiques. Il n’y a strictement aucune surprise, on pourrait même parler des mêmes jeux mais avec un skin différent. Là aussi on a affaire à un jeu d’aventure avec quasiment aucune énigme, seule l’implication du joueur est le cœur de l’expérience et sur ce point on retrouve bien les événements qui changent selon nos choix même si une fois encore on se rend bien compte en faisant une seconde partie qu’il y a une ligne directrice et que peu importe la direction qu’on prend on sera toujours ramené vers le fil conducteur. Néanmoins pour avoir fait The Walking Dead Season 1 & 2 je constate une nette amélioration concernant les impacts des choix qu’on fait, comme par exemple la séquence finale qui change énormément selon toutes les décisions prises au cours de l’aventure. On est encore loin d’une vraie histoire personnalisable mais chaque nouveau jeu rapproche Telltale un peu plus de cet objectif, accordons-leur au moins ça.

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thewolfamongus(5)L’impact des choix varie fortement. Parfois ça ne change absolument rien mais le plus souvent ça influence l’opinion des personnages envers Bigby.

thewolfamongus(11)D’autres choix influencent le déroulement du jeu mais le scénario retombera quand même sur ses pieds.

thewolfamongus(12)Les phases d’enquêtes sont extrêmement simplistes, vous ne serez jamais bloqués.

thewolfamongus(3)Les scènes de baston sont plus nombreuses que la moyenne des jeux Telltale mais on a toujours affaire aux mêmes QTE assez permissifs, c’est-à-dire que si on rate quelques coups on peut toujours se rattraper.

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Une adaptation de fans

Mais si on peut reprocher cette certaine fainéantise côté innovation, on peut tout de même admirer le travail de passionnés effectué sur l’ambiance graphique qui a un vrai cachet et une vraie identité qui lui est propre. On est dans ce New York qui fait penser aux années 80 avec une atmosphère de film noir grâce aux effets d’éclairage maîtrisés. Il me semble d’ailleurs que c’est un parti pris artistique qui se détache des Comics originaux mais qui donne réellement l’impression d’en lire un avec ces gros traits qui entourent les textures et ces aplats de couleurs vives mais tantôt ombragées, tantôt vives pour coller à l’ambiance. Le moteur 3D, pourtant très obsolète, fait donc parfaitement le boulot. Et même si ça commence à devenir une (agréable) habitude, il faut encore et encore souligner l’excellent boulot réalisé sur les expressions des visages comme d’habitude très expressives. Un vrai tour de force qui prouve une fois de plus qu’il ne faut pas des tas de polygones et de la motion capture de malade pour transmettre des émotions. Enfin, pour conclure l’état des lieux je voudrais souligner l’excellente bande-son qui correspond à merveille à ce mix de film noir et de Comic, ainsi que le doublage fantastique qui rend ces personnages crédibles. Un sans-faute.

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thewolfamongus(2)L’utilisation des couleurs et éclairages est maîtrisé et donne une patte artistique unique au titre.

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thewolfamongus(13)Sexy et violence font partie intégrante de l’ambiance.

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Le Grand Gentil Loup ?

Laissons de côté l’aspect technique pour se concentrer sur l’histoire qui reste l’attrait principal du titre. On parle ici de contes de fées (pour la plupart) mais le contenu est définitivement sombre et ne se destine absolument pas aux enfants. Entre les meurtres sanglants, les allusions sexuelles et la violence omniprésente (certaines scènes de baston font froid dans le dos), il y a des thèmes assez lourds qui sont abordés, comme l’exclusion des plus pauvres, les magouilles des plus riches, et les méthodes « salissantes » que doivent utiliser ceux qui luttent pour pouvoir se payer le Glamour. C’est un monde où les Fables sont désenchantées et sont confrontés à la dure réalité de la vie et ses injustices, une approche que j’ai trouvé fascinante grâce à ce contraste entre leur passé « glorieux » et leur situation actuelle déplorable dans le monde des humains. En parallèle, contrôler Bigby dans cette atmosphère malsaine apporte une vision très intéressante car tout au long du jeu on est tenté d’agir par la force mais on nous propose aussi la voie plus diplomatique moins évidente quand tout s’écroule autour de lui. Finalement il n’y a pas vraiment de bien ou de mal, même le « grand méchant » n’est pas si mauvais qu’on pourrait le croire et c’est précisément ce qui rend ce scénario mature.

thewolfamongus(16)Le jeu nous pousse à utiliser la violence pour obtenir ce qu’on veut. Allez-vous céder ou résister à l’envie de fracasser des crânes ?

thewolfamongus(14)Aucun personnage n’est totalement innocent. Aucun.

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Faites une saison 2 svp !

Je regrette en revanche que le monde que nous propose le jeu soit si replié sur lui-même. On nous parle de Fabletown et de New York mais on passe son temps à revisiter les mêmes endroits très cloisonnés, certains plus de deux fois même. Je suppose que pour une adaptation qui se veut accessible Telltale ne pouvait pas se permettre de trop développer l’univers Fables mais j’en ressors avec une sensation de n’avoir fait qu’effleurer le background potentiel de cet univers. Il aurait été pas mal par exemple de rencontrer plus de personnages secondaires, quitte à n’avoir qu’un dialogue avec eux. Je suppose que je n’ai plus qu’à me procurer les Comics pour assouvir ma curiosité… Ne soyez toutefois pas effrayés pour autant : comme je l’ai dit plus haut le jeu se suffit à lui-même et procure déjà une histoire riche en rebondissements et en réflexions. Ce n‘est clairement pas le meilleur scénario que j’ai pu voir, car après tout il n’est « que » question d’une grosse enquête, mais il est au moins passionnant à suivre. A noter que j’ai spécifiquement attendu d’avoir les 5 épisodes complets avant de me lancer car comme d’habitude je ne cautionne pas ce format épisodique qui a tendance à casser l’immersion et apporter plus de frustrations qu’autre chose. Il n’empêche que l’ensemble ne dure que 7 heures et j’aurais bien souhaité le double pour épaissir l’intrigue et multiplier les rencontres, mais tant pis.

thewolfamongus(9)Il n’y a que quelques clins d’oeil à d’autres contes mais ça s’arrête là. Pourquoi ne pas en avoir proposé plus ?

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Je suis très étonné de n’avoir quasiment jamais vu The Wolf Among Us dans les tops des meilleurs jeux 2014 car il égale en bien des points l’excellence narrative de The Walking Dead qui avait été encensé par les critiques. Je suppose que c’est dû à l’absence totale de surprises côté gameplay mais résumer le jeu à ça serait une grave erreur tant la naissance vidéoludique de cet univers a été opérée avec brio. Tout n’est pas parfait dans le récit avec des baisses de rythme et des raccourcis un peu faciles pour créer des twists un poil artificiels, mais tout amateur d’histoire intrigante à choix multiple dans un univers mature sera comblé.

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Résultats de mes choix (attention – SPOILERS) :

Chapitre 1 – 1
Chapitre 1 – 2
Chapitre 1 – 3
Chapitre 1 – 4

Chapitre 2 – 1
Chapitre 2 – 2

Chapitre 3 – 1
Chapitre 3 – 2
Chapitre 3 – 3
Chapitre 3 – 4

Chapitre 4 – 1
Chapitre 4 – 2

Chapitre 5 – 1
Chapitre 5 – 2

Final – 1
Final – 2
Final – 3
Final – 4
Final – 5

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Source des screenshots : Réalisés moi-même sur mon PC

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Mon avis sur le scénario :

[SPOILER – Mettez le texte en surbrillance]

Je vais commencer par deux points noirs qui selon moi baissent la qualité de l’intrigue. Ça commence par le faux meurtre de Snow à la fin de l’épisode 1 pour qu’on découvre que « Oui, non, mais en fait c’était pas elle, c’était une autre, on a fait ça pour vous gruger ». Ça sent le brainstorming pour nous trouver des twists et ça fait partie des causes qui font que je n’aime vraiment pas ce principe d’épisodes. La seconde faiblesse est la facilité avec laquelle on trouve le Crooked Man qui se rend aussi vite qu’il n’est apparu dans l’enquête… C’est-à-dire que pendant les 3 premiers épisodes on n’en entend quasiment pas parler, de sorte qu’on ne le considère même pas dans le schéma global, puis tout à coup « Ah oui au fait, le méchant c’est lui hein ! ». Son personnage était assez intéressant pour le faire apparaître plus tôt dans le récit… Soit.

Mais j’ai au moins apprécié le fait que finalement ce grand méchant est en fait un opportuniste qui répondait juste à la demande d’assistance des citoyens délaissés par l’autorité. Une autorité vivement critiquée à travers le personnage de Crane qui est finalement dépassé par les événements. Au passage il était très intéressant de voir un personnage pareil céder à des obsessions sexuelles au point de reproduire son fantasme de Snow White. Quand je vous dit que l’ambiance du jeu est définitivement tout sauf rose-bonbon. J’aime d’ailleurs particulièrement le personnage de Bloody Mary, absolument sadique et cruelle.

On a beau être dans un contexte fantastique, l’histoire en elle-même garde les pieds sur terre avec une histoire de meurtre qui tourne autour du Crooked Man qui voulait garder ses intérêts secrets et qui a chargé son larbin Georgie de faire taire ses prostituées qui devenaient trop menaçantes, et tente de lui faire porter le chapeau. Une histoire de mafia en somme, classique mais ça se laisse suivre, surtout que la magie est impliquée dans l’affaire avec le coup des rubans qui empêchent les filles de parler de ce sujet.

Puis vient le fameux procès de fin contre le Crooked Man dans un premier temps, mais aussi pour ou contre la politique de réglementations du gouvernement de Fabletown. Le concept en lui-même a déjà été vu puisque c’est quasiment le même genre de bilan que la fin de The Walking Dead Season 1, où on fait la somme de nos décisions. Sauf qu’ici ça modifie tout de même pas mal d’éléments de la conclusion finale, rien que le fait de tuer le Crooked Man ou non change pas mal de choses. Le déroulement du procès est globalement intéressant car on se rend compte que rien n’est blanc ou noir, des erreurs ont été faites des deux côtés avec notamment le manque de tact de Snow.

Enfin, j’ai trouvé le personnage de Bigby particulièrement bien construit avec ce déchirement entre lutte contre sa nature violente et sa volonté de bien faire. La hargne et rancune des autres Fables n’aide pas lorsqu’on doit prendre des décisions, on a ainsi l’envie de toujours réagir agressivement car les situations nous pousse à bout. D’habitude les jeux à choix multiples ont tendance à pousser vers le bien mais ici c’est plutôt l’inverse et j’ai trouvé ça très bien fait.

Quant à la fin, elle reste très énigmatique. La phrase finale de Nerissa, « Tu n’es pas aussi méchant qu’on le dit », renvoie directement à la déclaration de Faith au début du jeu, ce qui laisse penser que c’était bien Nerissa qui est morte au commencement et qu’on a affaire à Faith sous Glamour (ou sous sa véritable forme ?) lors de tout le reste du jeu. Ça laisse au moins la porte ouverte à une saison 2 pour répondre aux questions que ça pose.

En supplément, je vous recommande chaudement l’analyse très détaillée de l’univers du jeu de mon collègue bloggeur, L’Inceptionniste, qui a pondu un papier extrêmement intéressant (à réserver à ceux qui ont terminé le jeu vu les spoilers).

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5 réponses à “The Wolf Among Us, voyage au pays des ordures

    • J’ai plutôt l’impression qu’on comprend la fin de la même façon, c’est juste qu’on inverse les rôles, je préfère penser que c’est réellement Faith à la fin ^^ J’ai pas précisé tout l’aspect manipulation mais ça coule de source car ça elle le dit franchement lors du dialogue final.

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