The Evil Within, une overdose d’horreur

theevilwithin(titre)

Depuis sa sortie, ce jeu m’a fortement intrigué. Vendu comme étant le successeur spirituel du très réussi Resident Evil 4, forcément puisqu’il s’agit d’un tout nouveau jeu du célèbre Mikami, père de la saga Resident Evil, je ne pouvais pas rester insensible. Toutefois les critiques ont été très divisées à son égard ; entre les applaudissements de la majorité de la presse et le public qui a totalement boudé le titre (qui s’est du coup retrouvé soldé quelques semaines après sa sortie), certain allant même jusqu’à le lapider violemment (mon « collègue bloggeur », L’Inceptionniste, vous en dira plus dans son article incendiaire). Qu’importe, il me fallait le tester, quitte à le récupérer tardivement pour 10 malheureux euros comme je l’ai fait.

_

Tout commence par une demande de renforts urgente. Ni une, ni deux, notre héros et ses compères (vous m’excuserez, je n’ai même pas retenu les noms, vous allez comprendre pourquoi) roulent à toute allure vers les lieux du crime : un hôpital psychiatrique. Ça en dit déjà long sur l’ambiance et de fait, à peine entré dans l’établissement on découvre déjà le ton du jeu, à savoir une scène de carnage avec le hall rempli de corps mutilés. On s’imagine alors que l’aventure nous fera explorer cet asile morbide mais non, à peine quelques secondes après y avoir mis les pieds voilà que le premier événement surnaturel se produit et on se réveille alors dans un tout autre lieu, chassé par un boucher monstrueux dans un sous-sol. Le périple macabre nous amènera par la suite à plusieurs lieux très différents les uns des autres et qui ne semblent pas avoir de connexion mais on se rendra vite compte que quelque chose cloche et que quelqu’un est bel et bien derrière tout ça.

_

Un héros brave… ou idiot, au choix

Mais commençons par un fait qui me brûle les lèvres : le scénario du jeu est mauvais. Enfin non,  correction : l’idée de base de l’histoire est intéressante mais est horriblement mal présentée et est servie par une bande de personnages tous plus ridicules les uns que les autres, à commencer par ce héros à la personnalité creuse et au charisme digne de celui d’un veau. Aller quoi, le bougre se fait malmener via une avalanche d’événements paranormaux tous plus étranges les uns que les autres et ce brave type n’est que très rarement intrigué par ce qui se passe. Il ne fait que subir ce qui lui tombe dessus sans se poser de questions et surtout sans jamais péter un câble alors qu’il assiste à des horreurs sans nom. Alors je veux bien qu’on a là un « héros » mais tout de même ça en devient caricatural. Et tant qu’on parle de caricatural je me dois de mentionner ce méchant tout aussi prévisible et cliché. Ça donne lieu à des dialogues navrants et des scènes lamentables. Le summum aura été cette fameuse séquence où il faut aller récupérer les lunettes de son équipier qui sont tombées près d’un chien géant enragé auquel on vient d’échapper. De qui se moque-t-on ? Ne répondez pas… theevilwithin(11)

Cette scène a terminé d’achever le peu de crédibilité qu’avait le jeu jusque-là.

theevilwithin(22) theevilwithin(21)Le scientifique sans scrupules et le méchant à la rancune tenace, c’est bon on a le duo gagnant des personnages-clichés.

theevilwithin(18)Finalement, seule l’histoire du méchant est clairement expliquée au travers de flashbacks, tout le reste nage dans le flou.

theevilwithin(7)L’agent Kidman est doublée (en anglais) par l’actrice Jennifer Carpenter qui a joué le personnage de Debra Morgan dans la série Dexter. Une guest star prestigieuse mais à peine remarquée vu le peu de dialogue que possède ce personnage.

_

Mélangez et servez dans une belle assiette rouillée

Et on tient là le vrai problème de ce jeu : c’est un titre d’action qui a voulu absolument se faire passer pour un jeu d’horreur et qui a décidé pour ce faire de prendre ABSOLUMENT TOUTES les ficelles des références des films/jeux du genre et de les mélanger pour les étaler sur la longueur. On est ainsi face à une expérience très curieuse qui mêle tantôt les situations de tortures sadiques, les scènes purement trash et dégueulasses, les scènes de sursauts, les frissons d’horreur à la japonaise, et également des manipulations pour jouer sur les nerfs des joueurs (comme à la grande époque des premiers Silent Hill, paix à leur âme). Intéressant vous dites ? Détrompez-vous, c’est un gigantesque foutoir qui enchaîne les clichés (c’est la seconde fois que j’utilise ce mot, c’est mauvais signe) à tel point que ça en devient ridicule et l’immersion s’en retrouve brisée. theevilwithin(6)

Le jeu vacille sans sourciller d’un type d’horreur à l’autre. On passe ainsi du sadisme à la Saw…

theevilwithin(20)

… aux clichés des films d’horreur japonais.

theevilwithin(14)Vu la qualité des décors, il y avait vraiment moyen de faire un jeu terrifiant. Quel gâchis.

theevilwithin(30)

J’admets ne pas avoir fait le fier lors de certaines situations où j’ai bien stressé, comme ce combat dans une chambre froide où notre Némésis nous course.

_

Doit-on rire ou pleurer ?

De ce fait le jeu a échoué à me faire peur ou à me dégoûter. A vouloir trop en faire, il ne parvient tout simplement pas à approfondir son sujet et se contente de balancer des scènes de trouille déjà vues et revues des centaines de fois ailleurs. J’avoue avoir eu plusieurs moments de panique mais c’était principalement dû à des situations de stress du type « être poursuivi par X gros monstre invincible et devoir s’en sortir via X mécanique de gameplay en temps limité », tandis que les scènes de gore sont tellement extrêmes que ça en perd toute crédibilité au point de faire rire (c’est ça ou alors je suis taré). Voilà bel et bien un échec de la part de « Mikami-San » (comme aiment le dire les otakus hipsters occidentaux) qui a dû mal digérer les critiques faites à l’époque vis-à-vis de RE4, désigné à juste titre comme un pur jeu d’action avec des couches de stress mais dénué de sentiments de peur. Et c’était très bien comme ça, mais non il a fallu qu’il tente de compenser avec une overdose de méthodes de trouille qu’il ne maîtrise visiblement pas. theevilwithin(3) theevilwithin(1) theevilwithin(13)

Le gore est offert totalement gratuitement dans le jeu. Ou comment rendre insensible.

_

Se sentir écrasé

Et je dirais que c’est d’autant plus dommage car le travail effectué sur l’ambiance et, dans une moindre mesure, la mise en scène (hors séquences narratives) est très appréciable ; les décors suintent de matières visqueuses, les environnements sont lugubres et délabrés, les salles ne se ressemblent que très rarement grâce à beaucoup de variété dans les environnements visités (c’est le bon côté du scénario abracadabrant je suppose) et il y a un vrai souci du détail dans chaque lieu. Oh bien sûr on n’est pas dans le haut du panier question graphismes mais tout est très propre et si l’histoire ne nous laissera pas de souvenirs ce sont bel et bien les lieux qui marqueront les esprits. En revanche je ne valide pas du tout cette utilisation abusive de bandes noires qui, cumulées, ne prennent pas moins du tiers de l’écran. C’est extrêmement gênant et ce n’est rien de moins qu’une grossière astuce pour gagner de la ressource, et qu’on ne vienne pas me parler de choix artistique car ça n’ajoute absolument rien à la mise en scène, bien au contraire puisque ça ne fait qu’handicaper le gameplay en limitant le champ de vision. On peut bien sûr bidouiller le jeu sur PC pour les supprimer mais sur consoles il faut faire avec et c’est bel et bien handicapant. theevilwithin(31) theevilwithin(17)

Les décors sont très travaillés, dommage que ces maudites bandes noires viennent gâcher le plaisir.

theevilwithin(15)

Oh tiens, un jeu du créateur de Resident Evil avec un manoir, comme c’est étrange !

_

RE4 2014 HD Collection Remix

Et ben tenez, parlons-en du gameplay puisque fort heureusement c’est lui qui vient sauver le jeu du naufrage. Oh j’en entends déjà grincer des dents car en effet ce n’est qu’une copie de RE4 (un jeu qui a plus de 10 ans tout de même), autrement dit un TPS avec vue sur l’épaule avec des ajustements pour coller plus ou moins aux standards actuels et deux-trois éléments inédits pour ne pas faire trop chiche, dont le craft de carreaux d’arbalète qui fait un peu penser aux différents types de grenades de Resident Evil, ainsi que la notion d’allumettes pour brûler les ennemis à terre afin qu’ils ne puissent pas se relever dans le but d’économiser des balles. Et c’est là où le jeu brille : son trip survival est plutôt bien réglé (en mode de difficulté de base) car il faut constamment surveiller ses stocks de munitions. Il m’est ainsi arrivé plus d’une fois de devoir fuir car je n’avais plus de moyen de défense, et pourtant je suis du genre rapiat. Et ne vous y trompez pas : ça reste amusant à jouer car les zones sont souvent « ouvertes » (à la RE4, encore) ce qui incite à essayer de nouvelles approches en cas d’échec et le jeu récompense celui qui fouille le moindre recoin avec des munitions mais aussi de petites clés spéciales et du « jus de cerveau » qui servent à récolter du matos ainsi que booster les caractéristiques du héros. theevilwithin(9)

On n’a bien sûr pas affaire à de simples zombies. Certains adversaires sont plus difficiles à tuer que d’autres à cause de leurs protections.

theevilwithin(16)

Tout comme Resident Evil, les énigmes sont très simples. Pour faire ça, autant ne rien mettre.

theevilwithin(23)

Il y a juste assez d’armes différentes pour se faire plaisir, et on retrouve le très célèbre Magnum, véritable clin d’oeil à Resident Evil.

theevilwithin(5)Ces miroirs permettent de rejoindre l’asile…

theevilwithin(2)… où il est possible, entre autre, de subir un traitement choc pour améliorer ses capacités. Et avec ça, le jeu se fout totalement de la logique.

theevilwithin(4)

Brûler les ennemis à terre est tout un art ; s’ils sont l’un à côté de l’autre il ne suffira que d’une seule allumette.

_

Bête mais sympa

Je dois aussi souligner que même si le ridicule des scènes d’horreur est préjudiciable, l’action a le mérite de tenir le joueur en haleine grâce aux situations souvent inattendues ainsi qu’à la variété du bestiaire. Chose qui se fait de plus en plus rare dans les TPS : on trouve une grosse poignée de boss. Certes la méthode pour en venir à bout est souvent très classique et bien cadrée (type invincible pendant X temps et puis tuable après une cinématique) mais ça ajoute encore plus de punch à l’intensité de l’action. Malgré les 12 heures (et mes 59 morts d’après le compteur) qu’il m’a fallu pour en venir à bout, je ne m’y suis jamais ennuyé grâce à ce rythme bien soutenu. Et pourtant il y avait de quoi avoir peur car il y a pas mal de défauts gênants comme ces checkpoints souvent mal placés, obligeant parfois à recommencer de longs passages suite à une bête erreur ou un piège vicieux. Il est d’ailleurs assez agaçant de devoir régulièrement traverser les miroirs pour arriver à l’asile (un peu comme la chambre de Silent Hill 4) afin de pouvoir sauvegarder par exemple. Au rayon des choses à revoir je pense aussi aux concepts inédits mal exploités comme les différents pièges qui jonchent les chemins, ce qui est marrant au début mais devoir désamorcer à chaque fois la même chose devient forcément gavant à la longue. Et je regrette aussi qu’on nous propose de jouer furtivement mais que les occasions pour ce faire sont très rares. theevilwithin(10)

Les combats de boss ajoutent un peu de piment à la sauce mais restent très classiques dans leur déroulement…

theevilwithin(8)

… sauf ceux qui imposent une certaine méthode comme ici où ce monstre n’est sensible qu’au feu.

theevilwithin(27)

De temps en temps jouer infiltration est capital pour survivre mais ces cas-là sont finalement très rares.

theevilwithin(26) theevilwithin(25)

Oh bordel, il fallait BIEN SUR qu’ils mettent du rail shooting, comme TOUS les TPS… Pffff…

theevilwithin(29)Encore et toujours désamorcer… Les pièges c’est cool au début, mais après le centième c’est l’indigestion.

theevilwithin(32) theevilwithin(19)

Les situations ont le mérite d’être juste assez variées pour venir régulièrement casser la monotonie…

theevilwithin(24)

… comme par exemple ici où du gaz inflammable empêche de tirer dans ce labyrinthe malsain rempli de monstres.

_

Ce qu’il faut retenir c’est que The Evil Within est très maladroit dans ses tentatives d’effroi mais qu’il a réussi à ne pas m’ennuyer. Ce n’est pas tant que scénario médiocre qui m’a captivé mais plutôt une sorte de rollercoaster d’action qui a le mérite de savoir gérer ses moments de calmes et ses bastons frénétiques pour qu’on ne se lasse pas. Alors certes c’est juste un RE4 en HD et on a déjà vu et revu ce concept des dizaines de fois depuis tandis que les standards des TPS ont changés, mais j’ai retrouvé une grosse partie du plaisir que j’avais eu à l’époque : un challenge corsé pour la survie. Bref si vous cherchez un vrai jeu d’horreur passez votre chemin, les autres ça peut vous intéresser si le côté nanard ne vous rebute pas. Pour ma part c’était une aventure sympathique et je n’hésiterai pas à me plonger dans les deux DLC qui semblent être beaucoup plus cohérents dans le sentiment de trouille.

_

Source des screenshots : Réalisés moi-même sur mon PC

_

Mon avis sur le scénario :

[SPOILER – Mettez le texte en surbrillance]

J’ai eu très peur que le jeu nous fasse le coup du « en fait le héros est psychologiquement fou/a une personnalité double » car vu les passages fréquents dans sa cellule de l’asile avec la drôle d’infirmière ça sentait vraiment ce genre de révélation ultra-cliché, mais finalement ça va plutôt piocher du côté de Matrix/Inception avec une sombre histoire de machine servant à connecter des esprits à un cerveau, inventée pour que le grand méchant puisse renouer avec l’âme de sa sœur morte dans un événement aussi stupide que tragique où des fermiers pas très contents contre leurs employeurs décident de brûler une grange où deux enfants jouent… Tu parles d’un bordel ! Je peux encore tolérer le côté fantaisiste de l’histoire, mais ce que je reproche le plus est la flemme générale dès qu’il s’agit de donner une cohésion entre tout ce qui se passe. Par exemple, on explique via des notes que le héros a sombré dans l’alcool suite à la mort de son enfant dans un accident qui n’en est pas vraiment un. Et ? De que ? En quoi est-ce important pour l’histoire ? D’ailleurs qu’est-ce qu’il foutait dans cette machine ? Qui gérait vraiment cette machine au final ? Et Kidman, quel était son rôle ? Et c’était quoi cette sorte de contamination entre le héros et son partenaire ? Et au passage peut-on avoir plus d’explications sur le lien entre le méchant et l’handicapé mental après qui on court tout le long du jeu ? Non ? Bon… Je ne doute pas qu’on peut supposer plein de choses pour rendre tout ça logique mais je commence à en avoir plus que marre de cette manie de laisser le joueur dans le flou pour ne pas devoir trop se casser la tête sur la cohérence du scénario… D’ailleurs la fin du jeu conclu l’histoire de la même façon qu’elle a été traitée : dans le flou. On y voit le héros sortir deux fois de suite de la machine pour arriver dans ce qui est supposé être le vrai monde et y détruire le cerveau du méchant, mais la dernière séquence avec Kidman qui le fait se rendormir laisse penser qu’il est finalement toujours dans un monde factice. The End. On peut débattre longtemps sur ce récit sans queue ni tête mais ce qui est sûr c’est que des scénarios comme ça on peut s’en passer.  

Publicités

5 réponses à “The Evil Within, une overdose d’horreur

  1. C’est marrant que tu dises que le gameplay sauve le jeu alors que moi c’est vraiment l’élément qui me bloque le plus. Sur le peu que j’ai joué, les limitations du personnage et de la caméra m’ont vraiment fait passer l’envie de jouer à ce jeu. C’est d’ailleurs assez typique de certains jeux qui veulent faire peur au joueur. Ça marche surement chez certains; pour ce qui me concerne c’est beaucoup trop frustrant et ça me sort complètement du jeu!

    J'aime

    • Je ne l’ai pas trouvé pire que celui d’un Gears of War par exemple, peut-être que je suis trop habitué aux TPS pour ne plus m’en rendre compte ?

      En tous cas je n’ai pas été frustré par les phases d’action mais bien par les tentatives ratées de peur.

      J'aime

  2. T’as vraiment pas accroché 😀 J’ai pris le jeu à sa sortie et j’ai globalement apprécié l’expérience. C’est clairement pas exempt de défaut, notamment les 5 derniers chapitres et le boss de fin tout simplement risible, mais la 1ere moitié du jeu j’ai trouvé l’ambiance très réussi et assez angoissante. Mais ce qui m’a angoissé c’est aussi ce gameplay, efficace mais repompé à l’identique de ce que l’on trouvait sur RE4, soit aucune évolution en dix ans… Fallait oser quand même 😀 Par contre le scénar flou ne m’a pas dérangé, il y a beaucoup d’interprétations possible et j’aime bien. Je me laisserait peut-être même tenter par les DLC un de ces jours.

    J'aime

    • J’ai trouvé aussi le gameplay plaisant, mais vraiment ils ont tellement forcé sur les clichés d’horreur que ça en devient plus embarrassant qu’autre chose, et ce héros insipide bof…

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s